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Quand le site Golias parle sous la plume d'Eva Lacoste du Comité :
Les doutes exprimés par l’archevêque de Paris sur les compétences des femmes, en novembre 2008, ne sont pas restés sans écho. Né d’une dignité offensée, le Comité de la jupe entend promouvoir la
parole des laïcs et parler de l’avenir de l’Eglise. Au-delà d’un mouvement en désaccord avec le machisme en vigueur, s’affirme l’émergence d’une opinion publique dans l’Assemblée des
chrétiens.
La place des femmes aujourd’hui
Loin de tomber aux oubliettes de l’Histoire, l’intervention d’André Vingt-Trois
donne naissance deux mois plus tard au Comité de la jupe . Les deux co-fondatrices, Anne Soupa et Christine Pedotti, mobilisent parents, proches, amis et ouvrent un
blog en janvier 2009
(comitedelajupe.over-blog.com)
Après les propos consternants de l’archevêque de Paris, le Comité de la jup e portait plainte devant les tribunaux ecclésiastiques en se référant au Canon 208 qui affirme l’égalité entre tous les baptisés. Plates excuses du Monseigneur, plainte retirée... Le Comité en tout cas a fait mouche et entend rester en alerte. « Lorsqu’est survenue l’affaire de Recife, il était manifeste que les femmes devaient parler », soutient Christine. Repris dans la presse (Libération du 13 mars 2009), ses paroles sont celles d’une femme qui n’a pas peur des mots : « On dirait un cas d’école rédigé par un moraliste fou (...) La condamnation tombe sur l’enfant violée et ignore le beau-père criminel. Il paraît qu’il est contre l’avortement : bel exemple de sens moral ! (...) La petite fille risque sa vie ? Qu’importe ! Ces hommes-là sont prêts à ordonner un sacrifice humain pour soutenir leur loi. » Dans la foulée, c’est l’affaire du préservatif, où on entend Christine lancer à la radio : « Messieurs les évêques, sortez de la chambre à coucher des fidèles. » Le 6 mars, à deux jours de la fête des femmes, les Chiennes de garde décernaient le Premier Prix Macho à André Vingt-Trois. Le Comité de la jupe, pour sa part, envoyait un courrier à tous les évêques pour leur demander s’ils étaient prêts à dialoguer. Trois réponses sur quatre-vingt-dix, et encore de peu d’intérêt...
Parole plurielle, paroles de liberté
« Tous ces événements ont créé les conditions de l’émergence d’une opinion publique dans l’Église, poursuit Christine Pedotti. Nous étions prêtes, un terrain ferme sous nos pieds et un projet solide : promouvoir l’expression des laïcs et favoriser la parole plurielle. » En partant des questions concrètes, des attentes, des souffrances, et en mettant les réflexions en commun. Après deux réunions et le « miracle d’internet », pour reprendre les termes employés par Christine, le Comité de la jupe s’étoffe : deux inscriptions en moyenne par jour et près de trois cents adhérents, en France, en Belgique, au Canada, et aussi au Brésil parmi des religieuses françaises. « Lors du premier tour de table, nous avons été frappées par la qualité des participants sur le plan humain et intellectuel, presque tous responsables de mouvements, enseignants, pour certains théologiens de haut niveau. Presque tous nous ont dit que c’est la colère qui les avait fait venir, et j’ai entendu cette phrase : « On vient là avant de partir. » Un Comité qui se masculinise assez bien, des couples, des prêtres, des religieux, jésuites, dominicains, spiritains... « Nous avons une écoute très marquée chez les diacres, ainsi que leurs épouses qui sentent bien les choses et ont besoin d’une instance comme la nôtre. »
« L’Eglise est hémiplégique »
« L’Église est hémiplégique, lance Anne Soupa, la présidente du Comité. Il est vrai que de plus en plus de responsabilités sont exercées par des femmes, parfois même importantes, et on assiste en même temps à une réaction phobique liée à une entreprise de restauration, en particulier chez les jeunes prêtres et évêques. » Le mouvement qui s’affirme : « C’est en quelque sorte le lumpum prolétariat qui se réveille au sein de l’Ecclesia. On est au fond de la cale et on rame, et encore on nous fait sortir du chœur et on nous met dans la nef. » Au nom de quelle supériorité ? « On nous adresse des louanges, alors qu’on nous tient en grande défiance. » La concurrence serait-elle trop rude ? Journaliste, investie dans l’étude et la transmission des Ecritures, théologienne et bibliste, Anne Soupa a publié plusieurs ouvrages dont Pâques, art du passage (éd. du Cerf, 2009). Christine Pedotti a fait le catéchisme à Saint-Jacques-du-Haut-Pas (Paris Ve), a été responsable des aumôneries du quartier Latin et dirigé durant quinze ans les éditions religieuses du groupe Fleurus avant de s’essayer avec bonheur au roman policier (la Longue Patience du sanglier, éd. Plon 2009). Par ailleurs, toutes deux ont fait Sciences Po, et si elles restent discrètes sur leur curriculum vitae, ceux-ci méritaient d’être soulignés car partagés avec de nombreuses femmes.
Et si on parlait d’avenir ?
« De la part de l’institution, on ne parle pas d’avenir, ce n‘est pas un sujet, et les chrétiens eux-mêmes ne parlent pas de l’avenir de leur Église, or c’est ce qui nous intéresse, souligne Christine. Le monde qui vient a-t-il besoin de l’ Évangile, et s’il en a besoin , est-ce qu’on lui annonce ? » Le Comité affine sa réflexion à partir de textes de théologiens comme Joseph Moingt, Maurice Vidal, Jean Rigal qui écrit dans l’église à l’épreuve du temps : « Les laïcs sont majeurs dans la vie sociale, le sont-il aussi dans la vie de l’Eglise ? » Les laïcs ne portent pas la mission que le concile Vatican II leur a confié... « Soit on pense que l’Église va mal parce qu’elle manque de prêtres, soit parce qu’elle manque de laïcs dans leur juste prise de responsabilité. »
Un vrai renversement qui engage le Comité de la jupe à une marche pour le laïcat aux côtés d’autres mouvements et associations. « Nous voulons exercer toutes nos responsabilités, et avant d’en revendiquer d’autres commençons par user de celles qui nous sont confiées de droit, insiste Christine. Quand on voit la longue procession des cardinaux en rouge, si vieux, si hommes, si blancs, je pense que bien des catholiques ne se reconnaissent pas. »
Être d’accord ou partir. Beaucoup refusent cette alternative.
« Chacun est Église, résume Anne Soupa. Le moment est venu de se donner des espaces où vivre le débat et inventer, dans la parole échangée, l’Église de demain. »