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L’homélie de Benoît XVI au stade international d’Amman, en Jordanie, le
10 mai 2009, est un petit bijou de condensé de cette idéalisation des femmes qui permet de passer à
côté de la femme réelle dans l’Eglise. Evoquant « la dignité particulière », « la
vocation » et « la mission des femmes », il s’empresse de la repérer chez les « mères » ou
« religieuses ». La dignité de toutes les autres- un bon nombre tout de même- passerait-elle aux oubliettes ?
Et
il poursuit « Qui peut dire ce que l’Église ici présente doit au patient, aimant et fidèle témoignage d’innombrables mères chrétiennes, religieuses, enseignantes, médecins ou
infirmières ? ». Educatrices ou soignantes sans doute mais pourquoi pas ingénieurs, chercheuses, chefs d’entreprise …?
Comme par hasard, et non sans contradiction,
après le rappel de ces professions estampillées « bien féminines », vient en point d’orgue, un éloge de l’heureuse complémentarité
homme-femme : « Dès les premières pages de la Bible, nous voyons comment l’homme et la femme, crées à l’image de Dieu, sont destinés à se compléter l’un l’autre en tant qu’intendants
des dons de Dieu et partenaires dans la communication du don qu’il fait de sa vie au monde, à la fois sur le plan biologique et spirituel. »
On se mettrait presque à craindre que les célibataires non consacrées, déjà dispensées de dignité le soit aussi de ce destin de complémentarité, si
l’on n’avait soi-même cessé de croire à cette fameuse complémentarité homme-femme. Elle fait trop songer à ce mot d’humour : « Ne faire
qu’un ? oui, mais lequel ? ».
Qui plus est, complémentarité à géographie variable : puisque force est de constater que les femmes sont un peu plus complémentaires que bien des hommes pour tout ce qui touche, par exemple,
aux travaux domestiques… et que, dans l’Eglise, les hommes se passent, par exemple, de la complémentarité des femmes dans certains ministères, ou tout simplement de leur parole chaque
dimanche.
Mystère théologique des ratés de cette complémentarité « biologique »… de cette égalité affirmée entre les sexes qui n’entraîne pas, de fait, une égalité de traitement. Comme le dit
malicieusement Sacha Guitry « Je reconnaîtrais volontiers que les femmes nous sont supérieures si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales. »
Complémentarité illusoire, enfin, que
cette volonté d’être ensemble le tout, cette nostalgie de l’un, dans la fusion de nos différences. On
dira qu’elles sont maintenues bien sûr mais la pratique montre trop souvent que ce n’est pas si simple. Au nom de la complémentarité, et de la
différence maintenue, que d’enjeux de pouvoir dans le couple ou dans les institutions !
Impossible d’oublier qu’être homme et femme, être sexué, c’est être « secare » , coupé, séparé. C’est être, justement, du côté du « pas-tout ». Incomplets. Pas de moitié d’orange comblante à
attendre.. L’un n’a pas à espérer de l’autre qu’il lui donne enfin ce qu’il n’a pas.
Il y a là un écart qui ne se surmonte pas. Quelque chose en l’autre d’inaccessible . Rude mais heureuse épreuve qui nous fait d’autant plus rêver qu’hommes et femmes soient associés dans l’Eglise.
Réellement. Pas l’un sans l’autre. Pour de bon.