Parlez-nous d'amour, par Christine Pedotti

Publié le par comite de la jupe

Dans cette sombre histoire de Sida, de préservatif, et de propos du pape, il me semble que les choses ne sont pas à leur place.

D’un côté, il y a une maladie, transmissible et souvent mortelle, et parmi les modes de transmission, il y a les relations sexuelles non-protégées.

De l’autre côté, il y a le légitime et puissant appel de l’Église pour que les relations d’amour entre les hommes et les femmes (il serait plus politiquement correct de dire entre les personnes, mais ce serait encore un sujet de polémique, puisque les relations amoureuses et sexuelles entres personnes du même sexe sont condamnées) s’inscrivent dans la durée, la fidélité et la fécondité.

 

Contre la maladie, il y a, comme pour toutes les maladies, l’information, la prévention, la recherche et les soins aux malades. Dans le cadre de la prévention, il y a le préservatif qui en faisant obstacle physiquement à la transmission du virus est efficace. Bien sûr, il peut se produire des accidents, le latex n’est que du latex. La prévention n’est donc pas fiable à 100%. Et alors ? Est-ce une raison pour exposer les 97% qui auraient pu être protégés ? Le préservatif n’est pas un problème moral c’est un moyen de prophylaxie, fiable à 97%. Dont acte.

 

Par ailleurs, la maîtrise des appétits et des pulsions, le goût de la fidélité, de la stabilité amoureuse et sexuelle ne sont pas des moyens de lutte contre le Sida, ce sont des moyens de bonheur. Tout le monde rêve d’être amoureux et heureux pour la vie entière avec la même personne, même si beaucoup croient ce rêve inatteignable.


Le métier du pape ne devrait-il pas être de parler du bonheur, d’appeler les hommes et les femmes à oser faire le pari de l’amour, à prendre le risque de s’engager ?

Je rêve d’un pape qui appellerait ceux qui s’aiment à s’aimer plus encore, ceux qui se tournent le dos à prendre sur eux de se pardonner, d’effacer leurs fautes et de panser mutuellement et avec tendresse leurs blessures. Je rêve d’un pape qui dirait « Osez », « Osez faire le pari de l’amour pour toujours, au nom de Dieu, je vous en crois capables ! »

 Pourquoi le pape parle-t-il du préservatif ? Est-ce son rôle ? Non, non, et non !

Papes, frère Benoît, et ceux qui viendront après toi, parlez-nous d’amour, parlez-nous de Dieu, parlez-nous de nous. Parlez-nous de Dieu qui nous rêve plus grands que nous-mêmes. Donnez-nous une grande espérance ! Rendez-nous à Dieu et le latex aux hygiénistes.

PS: quelques notes de musiques et mots de bonheur ne nous feront pas de mal
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Publié dans réflexions diverses

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Vu chez Koztoujours 24/03/2009 21:05

il me paraît assez sensé de penser que l’usage du préservatif conduit à une désinhibition de ceux qui se croient protégés. Ce type de campagnes est susceptible de les maintenir dans des pratiques sexuelles à risque conduisant un jour ou l’autre à une infection, soit en raison de la protection relative qu’offre le préservatif, soit en raison de conditions pratiques (commencer le tacatac sans le préservatif ou l’enlever durant le rapport, ne pas tenir le préservatif lors du retrait, ne pas le retirer alors que le pénis est en érection, réutiliser le préservatif, ne pas vouloir utiliser un préservatif avec son épouse qui pourrait s’interroger sur les raisons de ce soudain besoin de “protection”) qui conduiront à une infection.

On dispose de peu d’exemples de tests à grande échelle entre les politiques de promotion du préservatif, et les politiques de promotion de la fidélité et de l’abstinence ou de la chasteté. Il existe toutefois un exemple : l’Ouganda.

En Ouganda, vers 1990, l’épidémie était à son pic maximum, touchant 20% de la population. En 2006, le SIDA ne touchait plus que 6 à 7% de la population. Parce qu’ils ont encouragé la distribution de préservatifs partout où ils voyaient des jeunes ? Non, en s’efforçant d’obtenir un changement des comportements. L’Ouganda a mis en place un programme dit ABC (Abstain, Be faithful and if you must use Condoms).

Le but était de mettre en place une politique qui évite le risque, et non pas une politique qui le réduise. Le fait est que 93% de la population a changé de comportement. Le docteur Angelina Kakooza-Mwesige en témoigne. Interrogée sur la responsabilité de l’Eglise catholique dans la diffusion de l’épidémie de SIDA, elle explique aussi la chose suivante :

“La vérité est que l’abstinence est la seule véritable protection contre le sida. Ce n’est pas seulement une méthode de réduction des risques mais une méthode à 100% préventive. L’Eglise prescrit l’abstinence avant le mariage et la fidélité mutuelle pendant le mariage. Des personnes mal informées ont tendance à imputer l’accroissement du nombre de cas de SIDA à l’interdiction de l’usage du préservatif par l’Eglise, mais ce sont les comportements individuels qui sont responsables. Un faux sentiment de sécurité vient souvent avec la protection supposée du préservatif, donnant aux personnes la liberté d’avoir des partenaires multiples et, donc, d’alimenter la diffusion de l’épidémie”9

LMO 24/03/2009 15:55

Ha ok...
Il aurait fallu préciser dès le début.
Hygièniste, actuellement, ça n'a pas tellement ce sens :o)

Christine 24/03/2009 15:20

Hygiène, du grec hugieinon : santé
Hygie, la santé, et Panacee, sa soeur sont toutes deux filles d'Esculape, le dieu médecin.
Je crois donc que nous sommes d'accord.
à noter qu'en latin, Hygie s'appelle Salus…

LMO 24/03/2009 14:40

Le latex aux hygienistes??
Laisez le latex aux gens responsables, j'ai envie de dire!!
Ce n'est pas une question d'hygiène (avoir un rapport sans serait sale??) mais de santé, de non prise de risque...

Sinon, oui, le Pape ferait bien de parler d'amour, de Dieu, de tolérance et de respect, plutôt que se mêler d'affaires de santé publique mondiale...

Christine 24/03/2009 00:33

@Véronico
Reconnaissez quand même qu'en général, nous ne souhaitons pas que nos histoires d'amour tournent mal, ou tournent court. Dans la vie affective, le nomadisme tient beaucoup au fait qu'on n'a pas trouvé "son pays". Si vous parlez de ceux et celle qui choisissent le célibat volontaire au profit d'autres formes d'engagement, ils échappent en effet à ma généralisation mais ils ne manquent pas de sens de l'absolu.