Paru dans Libération : "Toutes les décisions de Benoît XVI vont dans le sens d’une restauration du passé»

Publié le par comite de la jupe


Voici l'article paru le 19 mars dans Libération

La théologienne Anne Soupa, fondatrice du Comité de la jupe, réagit aux propos du pape :

 

Recueilli par CATHERINE COROLLER

Anne Soupa est théologienne et fondatrice du Comité de la jupe, créé en réaction aux propos du cardinal archevêque de Paris, André Vingt-Trois. Interrogé sur la place des femmes dans l’Eglise, le prélat avait répondu : «Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête.»

Que vous inspirent les propos du pape sur le préservatif qui aggraverait le problème du sida ?

Sachant l’écho que cela va avoir en Afrique, ces propos sont irresponsables. Il faut savoir que pour les Africains le sida est une maladie importée par les Blancs, et le préservatif un remède imposé par les Blancs. Pour leur faire accepter le préservatif, il faut mener des campagnes répétées. Avec de tels propos, le pape met les acteurs de terrain dans une position impossible.

Jusqu’à quel point l’Eglise a-t-elle le droit de se mêler de morale sexuelle ?

Elle a à dire la norme sur les questions de morale, mais je ne suis pas d’accord avec les intrusions du magistère dans les questions de sexualité. Je suis choquée que l’encyclique Humanae Vitae [publiée par Paul VI en 1968, ndlr] se mêle de contraception. L’Eglise n’a pas à savoir ce qui se passe dans la chambre à coucher. Je fais une distinction pour les lois de bioéthique. Le début et le terme de la vie concernent tout le monde, l’Eglise aussi.

Jean Paul II n’avait-il pas condamné, lui aussi, le préservatif ?

Benoît XVI a franchi un degré de plus en déclarant que le préservatif «aggrave» le problème. En plus, il l’a dit dans l’avion, avant d’avoir écouté les gens, ce qui signifie qu’il avait un discours normatif tout prêt.

Comment jugez-vous le pontificat de Benoît XVI ?

Il pose les limites d’un système trop cléricalisé. Le Vatican, la Curie, les personnes en situation de responsabilité vivent en dehors du monde réel. Il faudrait que la place des laïcs soit plus grande dans l’Eglise. Il faudrait trouver aussi un nouveau système de gouvernement. Un homme seul ne peut pas gouverner 1,5 milliard de catholiques. Au mois de janvier, le nouveau patriarche de Russie, qui a une autorité morale sur 250 millions de fidèles, a été élu par un collège de 700 personnes composé de religieux et religieuses, et de laïcs, hommes et femmes. Le pape, lui, est élu par un collège d’une centaine de cardinaux, uniquement masculins.

Benoît XVI est-il réactionnaire ?

Toutes ses décisions vont dans le sens d’une restauration du passé, jamais elles ne regardent l’avenir. Son tropisme vers les intégristes que traduit la levée de l’excommunication des évêques de la Fraternité Saint-Pie-X est grave. Le Vatican n’a toujours pas fait officiellement, non plus, de déclaration sur l’excommunication de la mère de la petite fille de Recife [Brésil, ndlr] ayant avorté de jumeaux à la suite d’un viol de son beau-père.

Etes-vous pessimiste sur l’avenir du catholicisme ?

Ce qui me rend optimiste, c’est la réactivité de la base. On assiste à la naissance d’une opinion publique catholique. Mais comment parviendra-t-elle à se faire entendre en ne se limitant pas aux canaux officiels que lui laisse le magistère ? C’est toute la question. Ce remue-ménage a été suivi bon gré mal gré par l’épiscopat. On sent, dans les déclarations récentes d’André Vingt-Trois lorsqu’il dit que «l’Europe occidentale n’a pas à garder les yeux rivés sur la péninsule italienne»,une prise de distance vis-à-vis du Vatican. Le haut clergé a compris qu’il était dans une impasse et que cela ne pouvait pas durer.

Publié dans réflexions diverses

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christine06 21/06/2009 10:45

Je suis parfaitement d'accord. Je dirais même plus, il est essentiel que nous conservions l'usage de la parole, car c'est elle qui crée le lien. Il vaut mieux une parole, même brutale, même de colère, plutôt qu'un silence de bien être apparent, car même dans ce cas, la communication existe, bien que un peu faussée.
Et je citerai volontiers le père Angelo Benolli, prêtre et psycanalyste italien qui affirme:"Dieu veut que nous soyons des hommes libres, car sans liberté , pas d'amour vrai!"
Alors, libérons nous, mais dans l'amour, dont le plus grand don, nous dit saint Paul est la Charité.

anne+soupa 21/06/2009 10:12

Je sais bien que c'est dur parfois à comprendre, mais parler, donner son avis, même divergent, ne tue pas l'amour. Lesclave, ou l'enfant, s'interdit d'exprimer son avis. Mais l'homme libre, l'adulte, non. Tant qu'il y a de la parole, il y a de l'amour. Anne

christine 06 21/06/2009 03:04

Liberté de conscience, de pensée, de parole,d'engagement, fort bien, le Christ ne nous en demande pas moins , Lui qui vomit les tièdes et les indécis!!!Cependant ,il nous demande aussi de le suivre en nous aimant les uns les autres.Et comme les dons de l'Esprit sont multiples, cela forme une Église très riche.
Alors , corrigeons nous nous même, et aidons les autres à se corriger par l'amour fraternel.
Arrêtons donc nos petites querelles de clocher, nos petits gallicanismes, qui ne font que nous replier sur nous même. Retroussons nos manches , et oeuvrons tout de suite auprès de nos frères proches de nous , tout en contemplant l'Eglise de Dieu par toute la terre.

Gérard Laverdure 10/04/2009 15:34

Voici l'article que j'ai fait et qui a paru dans le journal Le Demoir de Montréal et Le Soleil de Québec fin mars 09.

Le Vatican quel pénible cancer

J’ai travaillé toute ma vie en pastorale dans l’Église catholique. J’ai côtoyé bien des prêtres et des évêques qui étaient de vrais pasteurs malgré les contraintes du cadre légaliste entourant leurs fonctions. Mais les déclarations de l’évêque brésilien au sujet du viol et de l’avortement d’une jeune fille de 9 ans, et pratiquement tout ce que le Vatican peut dire concernant les femmes et la sexualité, battent des records d’insignifiance en plus de contredire et discréditer l’esprit de la Bonne nouvelle à l’origine de cette religion. Ces célibataires frustrés, coupés du vrai monde et de la vie, recroquevillés dans leur bulle de pouvoir, ne représentent absolument pas la riche réalité du monde de la foi chrétienne.

Globalement, je considère que le Vatican est un cancer pour l’Église et le monde depuis des siècles. Une institution patriarcale qui a infantilisé, opprimé et violenté (torturé) tant de croyants, en particulier les femmes. Quelle chimiothérapie pourrait-elle bien venir à bout de cette peste? Surement l’affirmation de notre autonomie et de notre liberté de conscience. Et s’il y avait des femmes dans ce cercle fermé de mâles misogynes il y aurait plus de compassion, d’intelligence et de bon sens.

PS. Je contribue comme rédacteur en chef à un petit journal web chrétien indépendant et critique - Sentiersdefoi.info - (à l'origine par les Jésuites du Québec) qui promeut la liberté de conscience, de pensée, de parole et d'engagement.

Gérard Laverdure
1222 A de la Visitation,
Montréal, Qué. Canada. H2L 3B4

deschamps marie-jeanne 29/03/2009 18:24

Les différentes déclarations du pape Benoit XVI et de l'évêque d'Orléans, ces derniers jours, montrent qu'au plus haut niveau de reflexion de l'Eglise il y a ignorance des problèmes que les chrétiens affrontent dans leur vie quotidienne. Il serait temps qu'Elle se rapproche "du terrain" pour permettre une rencontre de proximité avec ceux et celles qui souffrent.
N'est ce pas sa mission d'accueillir, d'écouter et d'accompagner toute personne en souffrance avec compassion et empathie ? N'est-ce pas ce qu'a fait le Christ pendant sa vie publique?
Je souhaite que notre Eglise ouvre son coeur à nos frères souffrants avec compassion et compréhension.

MJ caen