L'archevêque miséricordieux

Publié le par les deux soeurs

Mgr Grallet, archevêque de Strasbourg a transmis à l'AFP le texte de la lettre de deux pages qu'il adresse à l'enfant violée. En voici, repris de La Croix, les principaux extraits.
Merci à Mgr Grallet pour ces mots de miséricorde et de tendresse.


STRASBOURG, 14 mars 2009 (AFP) -

"Tu viens de vivre un si long et si douloureux calvaire (...) ton beau-père, mû par je ne sais quelle sordide pulsion, s'est emparé de toi, violant ton intimité et tout ton être", écrit-il à la fillette qu'il prénomme "Maria" en référence à "Marie, la mère de Jésus".

"Je suis révolté par tant de mépris machiste, d'indignité parentale, d'égoïsme incestueux", dénonce encore l'archevêque.

"Je souffre en pensant à ta maman, à son désarroi, aux souffrances physiques et morales qu'elle a pu connaître. Je pense encore aux médecins qui t'ont soignée et à leur dramatique cas de conscience", poursuit-il.

"Comment certains légalistes, au nom d'une loi pourtant si nécessaire, ont-ils pu condamner avec tant de froide assurance un si douloureux choix de survie? Ne fallait-il pas, d'abord, condamner avec force le malfaiteur, agir sans tarder pour toi, la victime et offrir soutien à ceux qui sont venus t'assister?", s'interroge Mgr Grallet.

"Le rappel du droit sans la miséricorde n'est qu'une caricature du droit", fustige-t-il.

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anne soupa 06/04/2009 22:26

Je voudrais dire à notre dernier commentateur, Bernard, que je comprends son désir de juger davantage les actes que les personnes. C'est uen saine éthique.
Mais je crois que la violence du geste a été si forte que les mots voulaient dire qu'il est hors de question de se laisser gagner soi-même à des excès de ce genre. Il y a des moments où on ne peut le dire autrement. Et l'achevêque de Recife, lui, a bien condamné des personnes précises, et en a préservé d'autres... Il aurait pu avoir une tout autre attitude.
En tous cas, quelle douleur dans cette affaire. j'espère qu'il n'y en aura plus jamais d'aussi terribles dans l'Eglise du Christ. Anne

Bernard Fays 06/04/2009 13:31

Pourquoi continuer a juger? Vous jugez le beau pere, vous jugez les legalistes, etc. ne pouvez-vous prendre position, et defendre les valeurs que vous devez defendre, sans pour autant condamner les personnes? Il y a beaucoup de miseres dans cet evenement et pas simplement d'un seul cote. Il s'agit de reconstruire; faut-il, pour ce faire ecraser davantage celui ou ceux qui ont faute?
Je vous remercie cependant
Bernard

anne soupa 16/03/2009 08:39

Cette fois, c’en est trop ! Même le corps réagit à une telle nouvelle : l’excommunication de la mère et des médecins ayant décidé l’avortement de cette fillette de 9 ans ! En tant que femme, mes entrailles ont mal, la nausée me gagne, l’écoeurement est à son comble. Comment l’Eglise peut-elle en arriver là ? Comment l’enseignement de l’Eglise a-t-il pu générer une telle morale ? Comment l’archevêque de Recife, (et je suis d’autant plus terrifiée en voyant ce lieu, je pense à son prédécesseur, Dom Helder Camara, on est à des années lumière de son message !) soutenu par ses supérieurs à Rome, comment donc cet évêque a-t-il pu édicter une telle sentence, complètement anti-évangélique ? Car il est frappant de lire, en parallèle de cet événement, les textes que la liturgie nous propose en ces jours de Carême : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas… ne condamnez pas… » (Lundi, Luc 6). Et cette phrase terrible : « Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens… » (Mardi, Matthieu 23). Oui, cet archevêque charge lourdement les épaules de cette enfant, victime du crime le plus odieux qui soit. Le viol est un crime pour la justice humaine : celle-ci serait-elle, pour une fois, plus sévère que la « loi de Dieu » ?

Car l’archevêque de Recife ose invoquer la « loi de Dieu ». Qui connaît la loi de Dieu ? N’aurait-il pas dû dire : « la loi de l’église catholique romaine » ? Cela aurait eu au moins le mérite d’être honnête, même si, fort heureusement, la grande majorité de l’église catholique romaine n’approuve pas ce jugement. Oser invoquer la loi de Dieu, mais de quel droit ? Qui sommes-nous pour parler en son Nom ? Nous ne pouvons nous approcher qu’avec humilité de Dieu, et chercher patiemment sa volonté. Dire la loi en son Nom, c’est d’une certaine manière, vouloir prendre sa place. Alors que la place qui nous est réservée, c’est celle du serviteur, à la suite de Jésus. C’est du moins ce que je crois comprendre en lisant les Evangiles et en me mettant à l’écoute de l’enseignement de l’Eglise.

Après une telle nouvelle, comment allons-nous poursuivre le dialogue avec nos contemporains ? Ces paroles d’excommunication sont des paroles qui jugent, qui condamnent, qui tuent. Avec un tel langage, nous aurons bien du mal à être écoutés, tout particulièrement dans le grand débat sur les lois de bioéthique, mais pas uniquement. Quotidiennement, il est déjà si difficile de se dire catholique, de témoigner d’un Dieu compatissant, d’un Christ libérateur ! Qu’en sera-t-il maintenant ? Quelle parole pouvons-nous prononcer, pour espérer être entendus ? Nous voilà devant un dilemme : ou nous nous situons au sein de l’Eglise, et notre parole est d’avance polluée par cette actualité, ou nous nous désolidarisons de l’Eglise et nous trahissons celle qui nous a fait connaître le Christ qui nous fait vivre !

Il est tant de lieux où les hommes ont besoin d’entendre une parole qui relève ! Inutile de les énumérer : ils sont nombreux, les plus petits et les plus pauvres. Il m’a toujours semblé que le message chrétien était l’un des plus pertinents, des plus créatifs et des plus libérateurs. Il dit l’espérance comme personne d’autre. Et voilà que l’énergie que nous devrions y consacrer est détournée, volée : au lieu d’être sur le terrain, au milieu de nos contemporains, il nous faut réagir « contre » notre propre Eglise, entrer dans un débat, faire émerger une autre parole, organiser le « non » à ces excommunications, et nous soutenir les uns les autres dans ce séisme, afin de ne pas quitter l’Eglise. Quel gâchis ! Quel scandale ! Quelle honte !


Ecrit à Auxerre, le 11 mars 2009

Christine OLIVES